Les Incontinences Urinaires: Pour mieux comprendre!


L’anatomie du système urinaire

Jessy Phillips, Externe, Universite de Sherbrooke

L’urine, déchets métaboliques du corps, est produite par les reins, transportée à la vessie par les uretères et est éliminée du corps par l’urètre, orifice visible à l’extérieur du corps. La vessie est un muscle lisse, aussi appelée détrusor, qui à la capacité d’emmagasiner envir on 500 ml d’urine. Normalement, lorsque l’urine s’accumule, la pression à l’intérieur de la vessie augmente, lorsque cette pression atteint un certain seuil, un réflexe nerveux autonome est envoyé au cerveau déclenchant le désir d’uriner. C’est la présence du sphincter externe, muscle au niveau de l’urètre distal, qui permet généralement de contrôler volontairement le relâchement des urines. Une fois aux toilettes, le cerveau envoie un message au détrusor pour qu’il se contracte et au sphincter externe pour qu’il se relâche ce qui permet aux urines d’être vidangée. Si le message au cerveau, les muscles de la vessie ou du sphincter ne fonctionnent pas bien alors des pertes urinaires se produiront.

Définition de l’incontinence urinaire (IU):

On parle d’incontinence urinaire (IU) lorsqu’il y a une perte d’urine incontrôlable et involontaire. L’IU n’est pas une maladie mais un symptôme d’une condition physique. À long terme, les IU peuvent être gênante pour certaines personnes et peuvent même occasionner des difficultés d’hygiènes, sociales et entrainer des problèmes d’isolement.

Généralité:

L’IC est plus fréquente avec le vieillissement et les femmes sont habituellement plus touchées que les hommes. Environ 35% des femmes et 15% des hommes âgés de 60 ans et plus présenteront des IU. Plus de 70% des gens souffrant d’IU peuvent être soulagés par une prise en charge, mais seulement 10% demande de l’aide! Les IU peuvent avoir des répercussions négatives majeures sur la vie quotidienne, la sexualité, le travail et les loisirs.

Types d’incontinences urinaires (IU):

Il existe plusieurs types d’incontinences urinaires et il est important de les distinguer puisque la prise en charge et les traitements sont spécifiques à chacune.

IU d’effort ou de stress: Est causée par une faiblesse des muscles du plancher pelvien et/ou du sphincter externe. Lors d’activité physique, de quinte de toux, d’éclat de rire ou encore d’éternuements, il se produit une augmentation de la pression intra-abdominale qui se transmet également à la vessie, si les muscles entourant la vessie sont affaiblis, une perte d’urine, généralement de petite quantité, et même un cystocèle, prolapsus de la vessie, peut s’en suivre. Habituellement, la fuite d’urine n’est pas précédée par une envie d’uriner. Ce type d’IU est fréquent et les femmes sont plus atteintes que les hommes.

Facteurs de risque d’IU de stress:

    • Obésité: Augmentation de la pression intra-abdominale
    • Tabagisme: Une toux chronique peut aggraver l’incontinence urinaire
    • La vieillesse: Cause une perte du tonus du plancher pelvien, ensemble de muscle qui entourent l’urètre, la vagin et l’anus
    • Grossesse multiple: Peut créer une faiblesse des muscles du plancher pelvien
    • Chirurgie pelvienne: Peut endommager les nerfs et les muscles vésicaux

IU d’urgence ou d’impériosité ou vessie hyperactive: Perte d’urine, souvent de gros volume, précédée par une envie immédiate d’uriner avec incapacité de se retenir. C’est l’hyperactivité du détrusor, muscle de la vessie, qui en est responsable. En effet, le détrusor se contracte involontairement et ce, même si la vessie n’est pas remplie. Ce type d’IU résulte d’un mauvais contrôle nerveux de la vessie. Les signaux que le cerveau envoi au détrusor afin d’empêcher sa contraction fonctionne moins bien. Souvent les gens ayant une vessie hyperactive vont uriner plus fréquemment, soit plus de 8 fois en 24h. La nycturie, se réveiller la nuit pour uriner 2 fois ou plus est aussi un symptôme qui peut caractériser les IU d’urgence. Le fait simple, d’entendre l’eau couler peut également déclencher des fuites urinaires.

Facteurs de risque d’IU d’urgence:

    • La vieillesse: Cause une diminution de l’efficacité de la transmission des signaux nerveux
    • Alcool, produits caféines (café, thé, boisson énergisantes, chocolat): Peuvent stimuler et irriter la vessie
    • Personne ayant une atteinte au cerveau: ACV, Alzheimer, Maladie de Parkinson, etc.
    • Atteinte au niveau de la colonne vertébrale: Hernie discale, etc.
    • Inflammation ou infection du tractus urinaire inférieur: Infection de vessie (cystite), corps étrangers, etc.
    • Chirurgie pelvienne: Peut endommager les nerfs et les muscles vésicaux
    • Utilisation de médicaments diurétique: Comme le furosémide.

IU mixte: Cette condition nécessite de présenter à la fois des manifestations d’IU de stress et d’urgence. Ce type d’IU est assez fréquent, particulièrement chez les femmes plus âgées.

IU par regorgement ou par « trop plein » (overflow): Cette IU se manifeste par une rétention chronique d’urine. Se produit lorsque la pression à l’intérieure de la vessie devient supérieure à celle qui est exercée par le sphincter externe pour maintenir les urines. En fait, la vessie emmagasine plus d’urine que la normale ce qui cause une force plus grande sur le sphincter externe et le force à s’ouvrir. Les symptômes peuvent être variables. Fréquent chez les hommes.

Facteurs de risque d’IU par regorgement:

    • Obstruction urétrale: Hypertrophie bénigne de la prostate chez l’homme, (cause un rétrécissement de l’urètre qui empêche l’urine d’être évacuer
    • convenablement donc celle-ci s’accumule), fécalome, etc.
    • Diabète: Peut entrainer, à long terme, des neuropathies périphériques.
    • Médication de la classe des anti-cholinergique: Inhibe la contraction du détrusor ce qui favorise la rétention urinaire. Exemple: atropine, dyclovorine, etc.
    • Médication de la classe des anti-dépresseurs: Certains peuvent avoir un effet anti-cholinergique
    • Médication de la classe des agoniste alpha-adrénergique: Favorise la contraction du sphincter. Exemple: décongestionnant nasal, etc.

IU fonctionnelle: Cette IU est due à l’incapacité de se rendre aux toilettes à temps à cause d’une difficulté a se mobilisé ou d’une limitation cognitive sévère (problèmes
mentaux). Dans cette condition, le système urinaire fonctionne normalement, c’est la perte d’autonomie qui est responsable des fuites urinaires.

Facteurs de risque d’IU fonctionnelle:

    • Immobilisation prolongée
    • Fracture ou trauma des membres inférieurs: La douleur empêche une bonne mobilisation
    • Déficit cognitifs (retard mentaux, etc.)

IU totale: Secondaire à une vessie appelée neurogène. Perte d’urine constante secondaire à une lésion de la moelle épinière qui empêche la communication entre la vessie et le cerveau. Puisqu’aucun signaux nerveux n’est acheminé, aucun contrôle volontaire n’est possible.

Facteurs de risque d’IU totale:

    • Lésion traumatique à la moelle épinière : Paraplégie, etc.
    • Maladie neurologique dégénérative: Sclérose multiple, etc.
Approches et investigations:

Prise en charge et traitements:

La prise en charge et/ou les traitements proposés pour les IU varient tout dépendant du type d’incontinence urinaire. En général, les traitements suggérer apportent un certain contrôle sur fuites urinaires et permettent d’améliorer la qualité de vie. L’efficacité du traitement dépend également du type d’IU, de la quantité des fuites d’urine mais aussi des modifications de certaines habitudes de vies qui peuvent aider à contrôler les IU.

Changements des habitudes de vie: Devrait être considérés dans tous les différents types d’IU.

Perte de poids: Plusieurs études ont démontré qu’une perte de poids peut aider à diminuer les incontinences urinaires de stress.

Alimentation: Éviter les produits contenant de la caféine (thé, café, chocolat, boisson énergisante) et de l’alcool, car ils peuvent contribuer aux IU en irritant la vessie.

Prise en charge non-pharmacologiques: Devrait être le traitement initial et être priorité pour les IU dont les symptômes sont classifiés de légers à modérés.

    1. Entrainement vésical (bladder training): Principalement utilisé pour les IU d’urgence et mixte. Comprend deux principes généraux:

a) Vider fréquent et volontaire de la vessie pour maintenir constamment un petit volume d’urine dans la vessie. La fréquence initiale est basée sur le plus petit intervalle de temps entre les pertes d’urines, exemple, si il y a des fuites d’urine à tous les heures on débute avec des intervalle de temps de 30-45 minutes. On peut également débuter empiriquement par des intervalles de temps de 2 heures. Cette entrainement vésical permet d’avoir un meilleur contrôle des fuites urinaires et diminue la quantité des fuites car la vessie n’est jamais pleine. On doit essayer d’uriner même s’il n’y a pas d’envie. Lorsqu’il n’y a plus de fuite urinaire pour 3-4 jours consécutifs, il est possible d’augmenter les intervalle de temps de 30-60 minutes, et ainsi de suite. Aussi, cesser de boire 2 heures environ avant d’aller au lit.

b) Apprendre a diminué la sensation d’envie urgente en utilisant des techniques de relaxations. Lorsque l’envie d’uriner est urgente, s’asseoir et se concentrer pour essayer de retenir son urine le plus possible en prenant de grandes inspirations. Une fois en contrôle de cette urgence, on doit se rendre aux toilettes et uriner.

2. Exercices de Kegel: Principalement utilisés pour les IU de stress, d’urgence et mixte. Ces exercices se font en contractant les muscles de plancher pelvien pendant 8 secondes et ce pour 8-12 fois, répéter cet exercice 3-4 fois dans la semaine et ce pour au moins 3 mois. Exercer les muscles du plancher pelvien permet d’augmenter le tonus musculaire et améliore le support vésical et donne un meilleur contrôle sphinctérien. Les exercices de Kegel sont plus efficaces chez les femmes âgées de 40-60 ans et lorsqu’ils sont bien effectués et ce, pour une durée d’au moins trois mois.

3. Cones vaginaux (poids vaginaux): Sont des petits cônes de formes et de grandeur identiques, mais de poids progressifs. Consiste à insérer un cône dans le vagin et le maintenir en place en contractant les muscles du plancher pelvien. Cet exercice se fait 2 fois par jours pendant environ 15 minutes. Au fur et a mesure que les muscles du plancher pelvien se renforce, le cône peut être remplacé par un plus lourd. Cet exercice peut être un substitut aux exercices de Kegel.

4. Protection sanitaire: Plusieurs grandeurs et format différents sont disponibles. Efficace chez les gens ayant de petites fuites urinaires.

5.  Pessaire: Utilisé chez les femmes ayant une IU de stress avec ou sans prolapsus (cystocèle). Le pessaire est un petit dispositif intra-vaginal qui donne un meilleur support à la vessie et peut diminuer l’incidence des fuites urinaire. L’Uresta par exemple, est un pessaire nouvellement développer afin de mieux épouser l’anatomie féminine et donne ainsi, un meilleur support aux muscles du plancher pelvienne (image 3). L’utilisation de pessaire, permet dans certains cas d’éviter la chirurgie, il faut prendre en considération que, parfois, le pessaire peut être inefficace et peut aussi augmenter les écoulements vaginaux.

Thérapies pharmaceutiques: Principalement utilisé pour les IU d’urgence et mixte, lorsque

la prise en charge non-pharmacologique seule a été inefficace. La médication utilisée
varie en fonction du type d’IU.

IU d’urgence: Anti-cholinergique (Détrol, Ditropan, Tropan, Vesicare): Inhibe la contraction de la vessie, créant ainsi une rétention urinaire. Peuvent avoir plusieurs effets indésirables tels que la bouche sèche et la constipation, vision embrouillée.

IU de stress (d’effort): Agoniste alpha-adrénergique (Sudafed): Stimule la contraction du muscle sphinctérien. C’est médicaments ne sont plus recommandé pour le traitement des IU d’effort puisqu’ils sont peu efficace.

IU par regorgement (overflow): Agents cholinergique (Urecholine) – Favorise la contraction du détrusor. Antagoniste alpha-adrénergique (Hytrin, Dibenzyline) – Favorise le relâchement sphinctérien

Stimulation neurologique: Stimulations électriques qui permettent la contraction des muscles du plancher pelvien et/ou moduler la contraction du détrusor. Peut être non-invasif par le biais d’électrodes percutanées ou encore par des électrodes implantées chirurgicalement.

Chirurgie: Pour l’IU de stress, il y a quelques options chirurgicales mais aucune pour les autres types. Un chirurgien peut placer une maille ou « mesh » sous l’urètre, orifice qui permet l’excrétion de l’urine a l’extérieur du corps. Le taux de succès et la satisfaction des patientes concernant cette procédure sont généralement élevés. Cependant, comme n’importe quelle autre chirurgie, il peut y avoir des risques d’infection, de saignements ou d’endommagement aux autres organes tel que la vessie. Il y a aussi un risque de rétention urinaire pouvant nécessiter l’utilisation d’un cathéter urinaire pour un période de temps plus prolongée. À plus long terme, il peu y avoir un risque d’érosion de la maille qui est habituellement très faible. Aussi, il y a un risque, lors de cette chirurgie, de développer ou d’aggraver les symptômes d’une IU d’urgence.

Écrit par : Jessy Phillips, Externe, Université de Sherbrooke
Édité par : Dr Hasan Abdessamad, Professeur clinique à l’Université de Sherbrooke



Categories: Français, Health

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4 replies

  1. Très interresant, bien écrit! Je vais l’utiliser au bureau!
    Nathalie RN

  2. Merci pour cet article très complet ! Vais le “reblogger”. Françoise

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